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Les 12 batailles et/ou campagnes de l'Armée du Cumberland
avec rapports officiels

(traduction de Patrick Ailliot)
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Pour le cas que mes sommaires des batailles ne vous plaisent pas et, toutefois si vous voulez aller au delà de la pâte que vous offre la majorité des libres d'histoire, il faut lire les rapports des commandeurs principales pour se former une opinion personnelle. Pourtant, il ne faut pas oublier que ces rapports sont des documents politiques, c.-à-d. que souvent ils ne sont pas objectifs parce que les auteurs avaient des erreurs propres à retoucher, ou ils  ne voulaient pas trop censurer quelqu'un, soit un supérieur, soit des subordonnés. Tout de même, ces rapports sont une des meilleures sources pour se faire une idée équilibrée des événements, au moins pour celui qui sait lire entre les lignes. C'est un art, et vous vous devriez y exercer en lisant ces rapports ou toute autre chose, parce que c'est un moyen pour s'approcher à la vérité. Si vous voulez pénétrer encore de plus dans l'histoire de la guerre civile américaine, presque tous les documents officiels relevants se trouvent maintenant on-line chez eHistory.com.

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Sommaires des batailles de l'Armée du Cumberland
Cliquez sur une bataille pour en voir le sommaire,  sur les commandeurs en-dessous pour voir leurs rapports, 
sur order of battle pour la terminologie en anglais.  Pour un traitement plus détaillé (avec cartes) des batailles veuillez lire la version en anglais.
1. Mill Springs
     19 jan. 62 
1. Thomas US
2. Buell US
3. G.B. Crittenden CS


Carte du théatre de l'ouest
2. Shiloh et Corinth I
  6-7 avr. / 29 avr. - 10 juin 62 
1. Halleck US
2. Grant US
3. Buell US
4. Sherman US
5. Beauregard CS
6. Bragg CS
3. Iuka et Corinth II
     19 sept. / 3-4 oct. 62 
1. Rosecrans US Iuka
2. Rosecrans US Corinth
3. Grant US Corinth et Iuka
4. Price CS Iuka
5. Van Dorn CS Corinth
6. McArthur US Corinth
4. Perryville
     8 oct. 62 
1. Buell US
2. Buell tribunale militaire, jugement
3. Thomas US déposition
4. Bragg CS

5. Murfreesboro (Stones River)
     31 déc. 62 - 2 jan. 63 
1. Rosecrans US
2. Thomas US
3. Dodge US
4. Bragg CS
5. Cleburne CS

6. Tullahoma campagne
     23 - 29 juin 63 
1. Rosecrans US
2. Thomas US
3. WilderUS
4. Bragg CS
5. Polk CS
6. Cleburne CS
7. Chickamauga
     19 - 20 sept. 63 
1. Rosecrans US
2. Thomas US
3. Wood US
4. Parkhurst US
5. Dana US dépêches
6. Bragg CS
7. Longstreet CS
8. Polk CS
9. Cleburne CS
8. Chattanooga
     23 - 25 nov. 63 
1. Thomas US
2. Grant US
3. Hooker US
4. Sherman US
5. Osterhaus US
6. Willich US
7. Halleck US
8. Bragg CS plus correspondence
9. Cleburne CS
10. Stewart CS pertes
11. Opposing forces  US, CS
9. Dalton à Atlanta
     7 mai - 16 juillet 64
1. Thomas US
2. Grant US
3. Sherman US
4. Howard US
5. J. Johnston CS
7. Cleburne CS

10. Batailles pour Atlanta
        17 luglio - 2 sett. 64
1. ThomasUS
2. Grant US
3. Sherman US
6. Hood CS
11. Franklin et Nashville
        30 nov.  / 15 - 16 déc. 64
1. Thomas US
2. Steedman US
3. Wilson US
4. Shafter US
5. Morgan US
6. Hood CS
12. Raid de Wilson à Selma
        22 mars - 22 avr. 65 
1. Thomas US
2. Wilson US - Selma, capture de Davis
3. Forrest CS - discours de Chalmers

Robert T. Redman Copyright © Sept. 2000...
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1. La bataille de Mill Springs 19 janvier 1862

La bataille de Mill Springs, Ky, fut la première victoire majeure de l'Union au cours de la guerre civile. Elle s'inscrit dans la lutte pour le contrôle de la "Cumberland Gap" sur l'extrème droite du théâtre confédéré de l'ouest qui s'étendait du Kentucky de l'est  jusqu'à Colombus, Ky, sur le Mississippi. La Cumberland Gap était la passe principale dans les monts Cumberland entre le Tennessee de l'est (riche en sel et en métaux essentiels pour l'industrie de l'armement) et le Kentucky. Le Tennessee de l'est était également largement en faveur de rester dans l'Union et Jefferson Davis était déterminé à l' empècher de faire sécession de la Confédération (dangereux précédent).

Le commandant en chef confédéré de ce théâtre d'opération était Albert Sydney Johnston qui initialement disposait de très peu de forces pour défendre cet immense territoire. Le Kentucky avait quitté sa position de "neutralité" pour une occupation contestée quand le général confédéré Léonidas Polk, sans ordres, était passé du Tennessee au Kentucky pour prendre Colombus le 4 sept. 1861. Profitant de ce pretexte, les fédéraux avaient à leur tour occupé Louisville. Tout fut d'abord confusion, menace et propagande des deux cotés, mais peu à peu, la lutte pour le Kentucky et le Tennessee se cristallisa autour de quelques personnes et armées clés. L'aboutissement de cet affrontement devrait déterminer celui de la guerre civile

En novembre 1861, le général confédéré Felix Zollicofer, dans l'intention de protéger l'approche nord de la "Cumberland Gap", prit position à Mill Springs, sur la rivière Cumberland à environ 100 km miles au nord-ouest de la passe. Encore que Zollicofer ai déployé beaucoup d'audace et d'initiative jusqu'à ce moment, il commit une erreur cruciale en s'établissant sur la rive nord avec le dos à la rivière. Quand George Crittenden (frère du général de l'Union Thomas Crittenden, tous deux fils du sénateur unioniste de Kentucky J.J. Crittenden) arriva à Knoxville le 24 novembre 1861 pour prendre le commandement du district, il ordonna à Zollicofer de se transférer sur la rive sud. Toutefois, quand il parvint personnellement à Mill Springs, il découvrit que Zollicofer n'avait pas obéi à l'ordre. Thomas approchant, Crittenden décida de rester sur place plutôt que de risquer une traversée face aux 4 000 hommes de l'armée de Thomas contre lesquels les confédérés en alignaient environ un nombre égal.

Crittenden décida de prendre l'initiative et attaqua tôt dans la matinée du 19 janvier 1862 sous une pluie battante, espérant surprendre Thomas. Celui-ci avait déployé plusieurs lignes d'avant-postes et la surprise fut impossible (une petite précaution qui aurait sauvé la vie de nombreux soldats de l'Union à Shiloh). Il faut également signaler que les hommes de Crittenden étaient pour la plupart équipés de vieux fusils dont la capacité de feu souffrit grandement dans ces conditions. Le combat tourna à la confusion la plus totale entre des unités dispersées. Tôt au cours de l'engagement, Zollicofer perdit le chemin et s'approcha des positions Unionistes. Il portait un imperméable blanc et constituait une cible parfaite, il fut abattu. Quelquesunes des unités de Zollicofer commencèrent à faire retraite, mais Crittenden parvint à rétablir la situation. Gardant Crittenden engagé au centre, Thomas ordonna une contre-attaque contre sa gauche et l'enfonça. Ceci brisa la ligne confédérée toute entière qui reflua en désordre vers la Cumberland et passa sur la rive sud dans la nuit, laissant en arrière la majorité du matériel lourd. Thomas dénombra 246 pertes (39 tués, 207 blessés). Crittenden ne donna pas de rapport sur ses pertes. Après la bataille, des rumeurs circulant qu'il aurait été ivre pendant le combat, Crittenden fut relevé de son commandement et n'eut plus l'occasion d'utiliser ses capacités miliatires au cours de la guerre. Le résultat de cette bataille fut de commencer à désorganiser toute la ligne défensive de A.S.Johnston au Kentucky. Fort Donelson, la prochaîne position clé à l'ouest de Cumberland Gap, était pris de flanc et sa défense devenait intenable. Ce fait influença certainement les décisions des généraux Pillow, Floyd et Buckner face à l'attaque improvisée de Grant quelques semaines plus tard. Sans victoire à Mill Springs, pas de victoire à Fort Donelson.



2. La bataille de Shiloh, 6-7 avril 1862 et la campagne de Halleck sur Corinth 29 avril -10 juin 1862

Extrait du rapport de Buell sur la bataille: Alors que nous arrivions sur la rivière des groupes de soldats furent aperçus sur la rive ouest, et il devint bientôt évident que c'était des traînards de l'armée qui avait été engagée. Les groupes augmentèrent en taille et en fréquence jusqu'à ce que, comme nous approchions de l'embarcadère, ils devinrent des compagnies entières et presque des régiments, et à l'embarcadère les rives étaient remplies d'une masse confuse d'hommes de divers régiments. Leur nombre ne devait pas être inférieur à 4 000 ou 5 000, et plus tard dans la journée il devint encore plus grand… La foule des troupes désorganisées et démoralisées augmentait continuellement avec des fuyards fraichement arrivés de la bataille, lesquels traînaient constamment près du débarcadère, et avec lesquels  étaient mélangés un grand nombre d'attelages, tous s'efforçaient d'aller aussi près que possible de la rivière. Avec quelques exceptions tous les efforts pour reformer les troupes et les ramener vers le combat échouèrent.

Une des plus tristes affaires de la guerre civile fut la bataille de Shiloh. A vrai dire, il y eut beaucoup d'autres batailles avec de lourdes pertes et des opportunités manquées, mais à Shiloh l'erreur de base fut si énorme, son commandant si chanceux, et son excuse pour l'erreur si bancale, que cette bataille mérite encore plus d'attention critique qu'elle n'en a déjà eu jusque là.
A l'ouest de Shiloh à Corinth se trouvait l'armée CS de Mississippi sous le commandement de Albert S. Johnston et Beauregard. A Pittsburg Landing sur la rivière Tennessee se trouvait l'armée du Tennesee de Grant. Entre les deux, des bois nombreux et une église blanche baptisée Shiloh. Buell (commandant de l'armée de l'Ohio, plus tard appelée du Cumberland) était sur la route avec des renforts.

Après la défaite confédérée de Mill Springs et la chute des forts Henry et Donelson, A.S. Johnston reflua sur Murfreesboro, Tenn., puis sur Corinth, Miss., qui était un nœud ferroviaire et de transport majeur. Il avait ainsi temporairement abandonné le Kentucky et la plus grande partie du Tennessee.

Tout comme les confédérés, Grant avait un mélange de troupes novices et aguerries, et il attendait l'arrivée de Buell afin de lancer une offensive contre Johnston. Pendant cette attente, Grant avait choisi d'entraîner ses hommes plutôt que de les faire fortifier. Dans ses "Mémoires Personnelles" Grant écrira que se "le retranchement" sera découvert plus tard dans la guerre (ce qui est faux) et que "Par dessus tout… les troupes avec moi avaient besoin de discipline et d'entraînement plutôt que de faire l'expérience des pics, pioches et pelles". Grant apparemment pensait également que ses hommes avaient besoin d'entraînement plutôt que d'être soumis aux horreurs débilitantes du service des postes avancés. En dépit d'une étrange activité "devant eux dans les bois" et d'un accrochage entre patrouilles rapporté par Sherman, Grant n'attendait aucune attaque. Après tout c'est lui qui allait attaquer. Pourquoi l'ennemi voudrait-il quitter la sécurité de ses retranchements à Corinth et venir à lui? Sherman était d'accord avec cette opinion. Pour ce motif, Grant ne disposa pas suffisamment d'éclaireurs et de postes avancés afin de protéger l'armée de l'Union au matin du 6 avril 1862. Si cela avait été fait, leur combat en retraitant vers la ligne principale aurait donné toutes les alarmes à l'armée de l'Union. Les apologistes de Grant, et ils sont nombreux, ont écrits qu'il avait été blessé lors d'une chute de cheval, mais en tout cas Grant n'était pas sur le terrain ce matin là, et les cinq divisions de Grant "étaient disposées afin d'avoir toutes les facilités d'un bon campement et aucune défense" (Boatner). On pourrait alléguer pour excuse l'inexpérience si Grant, plus tard, n'avait pas encore une fois montré une tendance à l'improvisation plutôt qu'à la préparation méticuleuse, comme à Cold Harbor par exemple.

En tous cas, au matin du dimanche 6 avril, les camps de l'Union étaient sans aucun doute impréparés à une attaque confédérée. L'effet de surprise aurait été encore pire si Johnston n'avait pas disposé ses forces de façon maladroite en rangs plutôt qu'en colonnes. De cette façon, l'attaque fut déjà dévastatrice, coutant la vie à environ 1000 soldats de l'Union le premier jour, et manquant de 200 mètres de rompre la gauche fédérale. Le premier jour fut sauvé grâce aux efforts entètés de Sherman, mais plus encore grâce aux efforts de Prentiss qui, pendant des heures et contre les attaques répétées de Bragg, tint le saillant du "hornet's nest", permettant aux autres forces de l'Union de préparer une nouvelle ligne de défense avec le dos à la rivière.
Pourtant dans la matinée A.S.Johnston saigna à mort d'une blessure à la jambe apparemment sans gravité et le commandement passa à Beauregard.

Au soir, les avant gardes de Buell arrivèrent, portant les forces effectives de l'Union le jour suivant à environ 40.000 hommes contre 30.000 confédérés. Comme Buell arrivait, il fut témoin de l'extraordinaire scène de désordre et de confusion causée par les milliers de soldats de l'Union qui avaient fui la bataille et s'étaient agglutinés à l'embarcadère, espérant passer de l'autre coté de la rivière. De quelque manière Buell exprima sa désapprobation devant cette situation et tenta même de renvoyer ces soldats paniqués au combat. Grant écrivit dans ses Mémoires personnelles: "Je ne doute pas que cette vision impressionna le général Buell avec l'idée qu'une ligne de retraite devrait être une bonne chose juste là [notez la calomnie]… L'arrière d'une armée engagée dans une bataille n'est pas la meilleure place pour juger correctement de ce qui se passe au front." Comme si Buell le vétéran n'avait jamais vu l'arrière et le front d'autre armées au combat. Grant n'oublia jamais l'embarras et n'en pardonna jamais Buell. Le 7 avril, les troupes fraiches que  Buell amenait avec lui contribuèrent de façon substantielle à repousser les confédérés, maintenant en sous nombre et exténués, du champ de bataille. Les pertes estimées sont de 23.746 (13.047 US et 10.699 CS).

Halleck, comandant des forces de l'Union de l'ouest, arriva pour prendre le commandement à Pittsburgh landing. Sous ses ordres étaient l'armée du Tennessee de Grant, l'armée de l'Ohio de Buell et l'armée du Mississippi de Pope. Grant fut placé en second et Thomas fut nommé comandant de l'armée du Tennessee de Grant. Pendant qu'Halleck passait la plupart de son temps au QG de Thomas sur l'aile droite, Grant perdit courage et Sherman le dissuada de démissionner de l'armée.
La plupart des auteurs attestent qu'Halleck  n'approuva pas la façon dont Grant avait manié ses forces à Shiloh. Toutefois, il est également reporté qu'Halleck dit à Grant, que lui Halleck agissait dans son intérêt*. En fait, bien que Grant ne joue plus un rôle actif dans la campagne, il était, dans le même temps, protégé de toute nouvelle erreur jusqu'à ce que les clameurs du public à propos des pertes sans précédent de Shiloh s'éteignent.

A partir du 29 avril 1862, Halleck démontra comment il allait conduire une bataille, se retranchant sept fois et en prenant six semaines pour parcourir les 30 km jusqu'à Corinth au prix de pertes minines. Quand il arriva devant Corinth, il l'a trouva vide. Beauregard s'était échappé.

Le fait est que les fédéraux occupaient maintenant la principale ligne de voix ferrée entre la Virginie et Memphis. Le contrôle de cette ligne sera encore chaudement disputé pendant une autre année et demie jusqu'à ce que l'Union occupent définitivement Chattanooga, un autre noeud ferroviaire de cette même ligne. C'était le préliminaire pour une future campagne sur Atlanta quand les forces de l'Union démontrèrent qu'elles pourraient faire ce qu'elles voulaient dans le Sud profond. C'est ce qui décida finalement de l'issue de la guerre civile et Halleck y prit aussi sa part.

Après la campagne de Corinth, Thomas demanda que l'armée du Tennessee soit rendue à Grant, un geste magnanime qui apparamment fut ignoré par Grant si l'on juge sa conduite vis à vis de Thomas pendant le reste de la guerre et même, tant que Grant vécut.

O.R.--SERIES III--VOL II [S# 123] CORRESPONDENCE, REPORTS, ORDERS, etc., FROM APRIL 1 TO DEC. 31, 1862.(*)--#28
Major-General GRANT, Commanding, &c. :
GENERAL: …Je suis très surpris, général, que vous puissiez trouver quelque raison de vous plaindre de la récente affectation des commandements.  Vous avez précisemment la position que votre rang vous donne. Si je vous avais donné l'aile droite ou la réserve seulement, cela aurait été une réduction plutôt qu'un accroissement de commandement, et je ne pourrai pas vous donner les deux sans vous placez dans la position que vous occupez maintenant.
Vous ne me suspecterez certainement pas d'avoir l'intention de blesser votre amour propre ou votre réputation et de commettre une quelconque injustice. Dans le cas contraire, vous devrez changer votre opinion à ce sujet. Pendant les trois derniers mois j'ai fais tout ce qui était en mon pouvoir pour prévenir les attaques dont vous étiez l'objet. Si vous croyez que je suis votre ami vous ne demanderez pas d'explication. Si non, des explications de ma part ne seront que de peu d'effet.
Très respectueusement, votre serviteur obéissant,
H. W. HALLECK, Major-general



3. Les batailles de Iuka (19 septembre 1862) et du second Corinth (3-4 octobre 1862).

Iuka
La colonne principale de l'armée de l'ouest de Sterling Price  (environ 3200 hommes) marcha dans Iuka, Miss. le 14 septembre. Bragg, le supérieur de Price, qui conduisait une offensive dans le Kentucky, lui ordonna de prévenir les mouvements des troupes de l'armée du Mississippi de William S.Rosecrans vers le centre du Tenneseee. Grant, commandant l'armée du Tennessee, craignit que Price ne tente d'aller au nord pour rejoindre Bragg contre Buell. Grant prépara un plan pour son aile gauche commandée par Ord afin d'avancer sur Iuka par l'ouest. Les 9 000 hommes de Rosecrans marchaient  du sud ouest, devaient parvenir à Iuka le 18 et mener une attaque coordonnée le jour suivant. Ord arriva à temps, mais Rosecrans ne fut sur place que dans l'après midi du lendemain et il attaqua Price immédiatement. Grant, conservant son poste de commandement entre les deux ailes, avait ordonné à Ord d'attendre les bruits de la bataille entre Rosecrans et Price avant d'engager les confédérés.

Cependant, Ord ne fit rien, affirmant plus tard qu'il n'avait jamais entendu le bruit des combats. Grant remarqua également qu'il n'avait entendu aucun son de bataille (phénomène d'ombre accoustique peut-être, comme à Perryville, le vent soufflant des positions de Grant vers Iuka). Les subordonnés de Price le convainquirent de quitter Iuka et de rejoindre van Dorn. L'armée de Rosecrans occupa Iuka et poursuivit Price, mais son arrière garde et les dificultés du terrain sauvèrent Price. Plus tard, Grant soutint que Rosecrans aurait du détruire ou capturer l'armée de price (quelque chose de pratiquement impossible à réaliser dans les conditions de la guerre civile). Bien entendu, Grant n'était pas là pour montrer à Rosecrans comment faire. Les pertes: US 782; CS 1516.

Le second Corinth
Les 3 et 4 octobre 1862, Van Dorn, officier le plus ancien, pris le commandement de forces confédérées combinées totalisant environ 22.000 hommes. Ils espéraient prendre Corinth et de là, avancer vers le centre du Tennessee. Depuis le siège de Corinth au printemps, les forces de l'Union avaient érigé des fortifications pour protéger la ville, centre important de transport. Avec l'approche confédérée, les fédéraux de Rosecrans, au nombre de 23.000 environ, occupaient les lignes extérieures des fortifications. Van Dorn arriva vers 10:00 du matin et attaqua peu après. Les confédérés poussèrent vivement les fédéraux vers l'arrière jusqu'à leurs lignes intérieures. Au soir, Van Dorn était certain d'achever les fédéraux le jour suivant. Rosecrans regroupa ses hommes dans les fortifications afin d'être prêt pour l'attaque à venir le matin suivant. Comme les confédérés avançaient, l'artillerie de l'Union balaya le terrain causant des pertes élevées. Quelques confédérés se frayèrent un chemin jusqu'à Corinth, mais les fédéraux les en repoussèrent rapidement. Les nordistes contre-attaquèrent et obligèrent Van Dorn à la retraite générale. Rosecrans retint toute poursuite jusqu'au lendemain. Plus tard, Grant maintint que Rosecrans n'avait pas poursuivit assez vigoureusement, puis qu'il avait poursuivit trop loin après qu'il lui ai été signifié de s'arrêter, au déplaisir du farouche Grant qui certainement aurait fait bien mieux si il avait été là. Grant fut sauvé d'avoir à relever Rosecrans quand ce dernier fut nommé pour remplacer Buell. Les pertes: US 2520; CS 4233.

Pour ceux qui ont des oreilles pour entendre, des yeux pour voir et un cerveau pour réfléchir, voici un bref télégramme de Grant à Lincoln au sujet de ces deux batailles. Pas un mot sur Rosecrans:

O.R.-- SERIES I--VOLUME XVII/1 [S# 24] OCTOBER 3--12, 1862
JACKSON, TENN., October 9, 1862.
ABRAHAM LINCOLN, President of the United States.
Bien reçu votre dépêche. Ne peux y répondre aussi complètement que je voudrai. Libérés sur parole 813 soldats et 43 officiers en bonne santé. 700 confédérés blessés déjà envoyé à Iuka libérés sur parole. 350 blessés encore libérés sur parole à Corinth. Ne peux encore dire le nombre de morts. Environ 800 rebelles déjà enterrés. Prisonniers arrivent encore par toutes les routes et le train. Cela n'inclus pas les pertes quand Ord a attaqué par l'arrière. Il a bien 350 prisonniers, ainsi que deux batteries et une grande quantité d'armées légères. Nos pertes sont entre 400 et 500. Les pertes rebelles sont les mêmes. Le général Oglesby a pris une balle dans la poitrine qui s'est logée dans la colonne vertébrale. Espère pour sa guérison. Nos morts et blessés à Corinth ne dapassent pas 900, la plupart blessés légèrement.
U. S. GRANT, Major-General.



4. La bataille de Perryville, Kentucky 8 octobre 1862.

Extrait de la déposition de Buell devant la cour d'enquète militaire: "Mes études m'avaient apprises que les batailles doivent seulement être livrées pour des objectifs importants; que le succès doit en être raisonnablement certain si possible, et le plus certain est le mieux; que si le résultat semble raisonnablement incertain, la bataille doit seulement être envisagée quand de très sérieux désavantages résulteraient d'un refus du combat ou quand les avantages d'une possible victoire dépasseraient de beaucoup les conséquences d'une probable défaite. Ces rêgles supposent que la guerre a un objectif plus haut que d'être la plus sanglante possible, que les moments de l'histoire militaire à étudier le plus et les recommandations à suivre en campagne sont ceux qui ont  été conduits sur un vaste terrain d'opération avec les  résultats les plus importants et sans un seul engagement général. Selon mon opinion, le commandant mérite une condamnation quand, par ambition ou ignorance ou par une vile soumission aux  clameurs populaires et sans nécessité ou profit, il a gaspillé la vie des ses soldats. "

Extrait du rapport de Bragg sur la bataille: La campagne ici a été entreprise sur la croyance et sur les assurances les plus positives que le peuple de cette région se léverait en masse pour assurer son indépendance. Aucun peuple n'a jamais eu une opportunité aussi favorable, mais je suis peiné d'ajouter qu'il n'y a que peu ou pas de vrai la dedans. Désireux peut être d'accepter leur indépendance, ils ne sont pas disposés ou désireux de risquer leur vie ou leurs propiétés dans ce but.

Buell s'était  vu confié, sur l'insistance infatigable de Halleck, l'impossible tâche de défendre Louisville, libérer l'est du Tennessee, retenir Nashville, défaire Bragg et garder et protéger 500 miles de voix ferrées. Il était également handicapé par la large supériorité numérique de la cavalerie confédérée sur la sienne. Selon ses moyens limités, Buelle décida d'ignorer le Tennessee de l'est et se concentra autours de Nashville. Son patient travail d'organisation pendant cette période sera le terreau pour la future école de l'armée du Cumberland.

Bragg avait pratiquement atteint Louisville au cours de son invasion (ou libération, comme il l'aurait dit) du Kentucky, mais Buell allait être là le premier et allait le prendre par derrière, Bragg était déterminé a essayé de tenir le plus de Kentucky possible. Son plan était, cependant, basé sur la croyance que le peuple du Kentucky supportait en général la Confédération et allait fournir uen large quantité de recrues à son armée. Comme nous l'avons vu ci dessus, Bragg fut déçu sur ce point ce qui finalement anéantissait son projet. Lee avait découvert la même chose lors de son invasion du Maryland (Antiétam).

Le 1er octobre, l'armée de l'Ohio de Buell avança de Louisville, Ky, avec 55.000 hommes, vers Perryville, Ky. Buelle avait dispersé ses forces avaec beaucoup de maitrise et avait préparé un élégant plan de feintes pour masquer son intention véritable. Toutefois, son travail d'état major s'effondra et il se trompa sur les positions des forces de Bragg (environ 32.000 hommes). Bragg décida d'attaquer préventivement une portion de l'armée de Buell avant sa concentration, mais la désobéissance de Polk l'empécha de pouvoir concentrer la totalité de ses propres forces.
La bataille débuta le 8 par une lutte pour le contrôle de quelques points d'eau. Les deux armées en manquaient et furent forcées de se disperser à sa recherche.  Il en résulta une journée de combats confus entre des unités désorientées des deux camps. La plus grande partie de l'armée de Buell (dont Thomas avec Crittenden) ne fut même pas engagée  car Buell ignorait que la bataille était commencée à cause du phénomène "d'ombre accoustique". Ceci probablement du au fait qu'un vent fort soufflait ce jour là, les sons des fusils et des canons étant assourdis (mais pas complètement inaudibles)* à une courte distance du combat. En l'absence de rapports, Buell ne pu en conclure que ces bruits indiquaient un engagement majeur. Néanmoins, les confédérés ne furent pas capables de faire le moindre progrès sinon d'avoir infligés de lourdes pertes aux divisions de McCook. A la tombée de la nuit, d'autres unités de l'Union étaient arrivées pour menacer le flanc de Bragg et la situation s'était stabilisée.

Buell espérait que Bragg poursuive le combat le lendemain. Cependant, Bragg manquait d'hommes et d'approvisionnement et il recula pendant la nuit dans l'espoir de commencer sa retraite à travers le Cumberland gap dans l'est du Tennessee. L'offensive confédérée était terminée, et l'Union contrôlait définitivement le Kentucky pour la durée de la guerre, un résultat non négligeable. Manipuler une armée importante dans une bataille est quelque chose qui doit être appris et c'était la première expérience de ce genre pour Buell en tant que commandant indépendant. On oublia les fautes initiales de certains géréaux, et même dans quelques cas, celles commises ensuite. Buell ne fut pas dans ce cas, car Halleck (le protecteur de Grant) et les gouverneurs Morton (Indiana) et Johnson (Tennessee) se chargèrent de les rappeler car Buell s'était opposé aux interférences préliminaires de Morton et avait dédaigné le plan de Johnson pour libérer l'est du Tennessee (patrie de Johnson). Il fut déclaré coupable de trop de passivité avant la bataille et d'un manque d'agressivité pour poursuivre Bragg après la bataille, et il fut remplacé au commandement de l'armée de l'Ohio par Rosecrans ** qui la renomma Armée du Cumberland à nouveau. Les pertes estimées sont de 7 407 (US 4 211, CS 3 196)

La bataille bureaucratique cependant venait juste d'être engagée. Entre le 24 novembre 1862 et le 19 mai 1863, une commission d'enquète militaire se réunit à Cincinnati et se pencha sur la totalité des campagnes de Buell au Kentucky et au Tennessee. On notera que Grant et Sherman ne furent jamais soumis à ce genre d'investigations pendant toute la guerre. La déposition objective et raisonnée de Thomas supportait Buell excepté sur un point qui était la meilleure place ou affronter Bragg en bataille (pas un réel désacord pour des hommes de guerre quelle que soit l'époque). Même là dessus, Thomas admit qu'à ce moment, il avait moins d'informations à sa disposition que Buell. A la fin, la commission conclu seulement que Buell et McCook avaient commis des erreurs à Perryville, que Buell n'avait pas été suffisamment vigoureux dans sa poursuite de Bragg après la bataille, et que plus tôt, Buell avait été excessivement ennuyé par la garde des voies ferrées. Ce n'était pas assez pour Halleck et il fit ajouter ses fausses accusations aux conclusions de la commission. Les conclusions n'en furent pas publiées, aucune action ne fut entreprise contre Buell, mais sa carrière active dans  la guerre civile était terminée. Un homme à surveiller ce Halleck.

*Buell écrivit dans son rapport: "La cannonade qui débuta avec l'engagement partiel au centre, suivit par la reconnaissance de la cavalerie sous le capitane Gay,  s'étendit sur la gauche, et devint plus vive comme le jour avançait mais n'était pas supposée être un engagement vraiment sérieux et aucun rapport dans ce sens ne fut reçu." McCook apparemment assaya d'abord d'y aller seul. Plus tard à Chickamauga, son impétuosité sera encore plus couteuse.

**Ils avaient déjà essayés d'éliminer Buell avant la bataille. Il fut ordonné à Thomas d'assumer le commandement à la place de Buell et Thomas refusa.



5. La bataille de Murfreesboro (Stones River) 31 décembre 1862 et 2 janvier 1863

* Dans son rapport Bragg (concernant le premier jour, quand il fut prêt de l'emporter) écrivit de Rosecrans et indirectement de Thomas: "A deux contre un au moins, il fut capable d'envoyer des troupes fraiches sur tous les points afin de résister à notre avance, et il le fit avec une habilité et un jugement qui ont toujours caractérisé son second [Thomas]."

Après sa défaite à Perryville, Kentucky, le 8 octobre 1862, le général Braxton Bragg battit en retraite et réorganisa son armée de Mississippi, la renommant Armée de Tennessee. Puis il avança sur Murfreesboro, Tenn, et se prépara à y passer ses quartiers d'hiver. L'armée du Cumberland du général William S. Rosecrans suivit Bragg du Kentucky et s'installa à Nashville. Rosecrans quitta Nashville le 26 décembre 1862 avec environ 44.000 hommes. Le 29 décembre il trouva l'armée de Bragg qui en comptait environ 37.000. La bataille débuta en quelque manière le soir même par une compétition entre les fanfares des deux armées. A la fin du concert, les deux armées chantaient "Home sweet home" ensemble.

A l'aube du 31, avant que l'attaque de Rosecrans contre la droite de Bragg ne débute, Bragg attaqua le flanc droit de l'Union. Vers les 10 heures du matin, les confédérés avaient refoulés la ligne de l'Union sur le Nashville Pike, mais là, les nordistes tinrent bon après que des renforts de la gauche de Rosecrans soient arrivés. Bragg n'avait pas de réserves avec lesquelles conclure la bataille. Il ordonna à Breckenridge de renforcer Polk, mais Breckenridge envoya seulement une partie des troupes requises, croyant à tort qu'il allait être attaqué de façon imminente. Avant que le combat ne s'arrête ce jour là, les fédéraux avaient établi une nouvelle et forte ligne de défense en forme de fer à cheval. L'angle se trouvait dans la "round forest" et à cet endroit, Thomas* avait placé Hazen avec l'artillerie.

Le jour du nouvel an les deux armées reprirent haleine. Bragg espérait la retraite de Rosecrans, et ce dernier considérait cette possibilité. Lors d'une conférence tard dans la nuit, il réunit ses généraux. Thomas dit simplement "cette armée ne peut pas battre en retraite" et ceci fut la décision prise. Dans l'après-midi du 2 janvier 1863, Bragg envoya Breckenridge avec une division contre une division de l'Union qui avait franchi la Stones River le jour précédent et occupé une forte position à l'est de la rivière. Les confédérés repoussèrent la plupart des nordistes de l'autre coté du McFadden's ford, mais avec l'appui de l'artillerie de Thomas, les fédéraux repoussèrent l'attaque. Le 3 janvier 1863 Bragg reçut des informations qui l'informaient que l'armée de Rosecrans était plus importante que ce qu'il pensait précédemment, et ses généraux lui conseillèrent la retraite. Le 4 janvier, Bragg quittait Murfreesboro afin d'organiser une nouvelle ligne à 40 km vers le sud appuyée sur Shelbyville et Tullahoma, Tenn. Rosecrans resta à Murfreesboro sans chercher à poursuivre. Il demeura là pendant six mois, préparant son chef d'œuvre, la campagne de Tullahoma. Bragg ayant reculé, la bataille est considérée comme une victoire de l'Union. Les deux cotés ont eu de lourdes pertes estimées à 23 515 (US 13 249, CS 10 266).



6. La campagne de Tullahoma 22-29 juin 1863 (un chef d'œuvre militaire)

Tiré du rapport de Bragg: "Nous avons maintenant le dos à la montagne, dans un pays qui ne nous offre rien, avec une longue ligne de chemin de fer à protéger, et une demi douzaine de passes sur la droite et la gauche par lesquelles nos arrières peuvent être atteints. Dans cette position, il était parfaitement possible pour l'ennemi de détruire nos moyens de franchir le Tennessee et de parvenir à notre ultime destruction sans bataille. Ayant échoué à l'amener à cette issue, tant désirée par moi-même et mes troupes, j'ai cédé à contre cœur à la nécessité  imposée par ma position et mes forces inférieures, et mit l'armée en marche pour le fleuve Tennessee."

Après la bataille de Murfressboro (30 décembre 62 et 2 janvier 63) Rosecrans y établi ses quartiers d'hiver . Bragg recula vers le sud et prépara une ligne de défense au nord de Tullahoma qui bloquerait toute avance de l'Union sur Chattanooga. Rosecrans se prépara soigneusement pour la bataille à venir en accumulant les approvisionnements et en entraînant ses troupes. Son plus grand problème était l'infériorité de sa cavalerie. La solution à ce problème fut donnée par le colonel des volontaires John T.Wilder, un propriétaire de fonderie de l'Indiana, qui vint trouver Rosecrans avec une idée révolutionnaire: prendre l'infanterie, la mettre à cheval, l'armer avec les nouveaux fusils à répétition Spencer à sept coups, et l'utiliser comme troupe de choc mobile qui chevaucherait en avant, mettrait pied à terre et utiliserait sa formidable puissance de feu pour attaquer l'ennemi à l'arrière avec une force égale à celle d'un corps d'infanterie plus important mais armé conventionnellement. Rosecrans écouta et donna son accord à Wilder pour rassembler les chevaux. Wilder conclut un arrangement avec sa banque afin que les membres de sa brigade paient le prix d'achat (35$ par fusil) par versements retirés de leur solde mensuelle. Dans le plan pour affronter Bragg, Wilder fut assigné à Thomas.

Cependant la pression venant de Washington et poussant à l'action s'accroissait. Toutefois, Rosecrans (comme Buell) avait peu de patience et d'habileté diplomatique pour parer de telles ingérences et répondait au sarcasme par le sarcasme. Tandis que Grant passait du coté est du Mississippi au dessus de Vicksburg le 1e mai 1863, la quantité de messages demandant une attaque atteignit son point culminant, causé par la crainte que Bragg, restant "inoccupé", ne soit capable d'envoyer des renforts à Johnston  (qui ne furent d'ailleurs pas envoyés).

Rosecrans refusa de bouger avant d'être prêt. Le fait qu'il avait alors raison ne contribua pas plus tard à le rendre plus cher à Halleck. Au risque de sa carrière militaire, Rosecrans avait soigneusement préparé un plan utilisant l'outil révolutionnaire que Wilder avait dans ses mains. Le plan était à la fois audacieux et complexe, utilisant quatre colonnes d'attaque distinctes, et il fut une réussite complète en dépit des pluies incessantes et des mauvaises routes, grâces aux mois de préparation et d'entraînement, et au bon petit taux d'improvisation. Sur la droite fédérale Granger et sa cavalerie feraient une démonstration vers la ville fortifiée de Shelbyville. Au centre, McCook et Thomas menaceraient les passes et sur la gauche Crittenden menacerait McMinnville. Le mouvement de Granger le 23 juin était une feinte (rendue encore plus crédible par la présence de la majeure partie de la cavalerie de Rosecrans), car Rosecrans n'avait aucune intention d'attaquer directement les fortifications. De l'autre coté de sa ligne sur la gauche, Crittenden feignait une feinte, dans ce sens qu'il était supposé être reconnu comme n'étant pas la poussée principale, mais juste là pour renvoyer l'attention de Granger sur la droite devant Shelbyville. Puis l'avance principale avec le 14th corps sous Thomas intervint le 24 juin. D'abord la nouvelle "brigade de foudre" de Wilder (avec la puissance de feu d'une division) s'engouffra à travers Hoover's Gap (un petit col) et surclassa tellement les forces de Wheeler qu'elles ne furent même pas capables d'envoyer des messagers à Bragg sur ce qui se passait. Jamais auparavant dans l'histoire de la guerre une telle puissance de feu n'avait parcouru aussi rapidement 15 km. Wilder pu s'établir au delà de l'entrée sud de la passe et attendit l'infanterie de Thomas. Quand Thomas arriva, il dit à Wilder que son action avait évité la perte de 2000 hommes.

Hardee, juste à l'ouest de Hoover's Gap, su seulement qu'une force importante venait d'apparaître sur son flanc droit. Il supposa que ce devait être l'armée de Rosecrans toute entière, et battit en retraite sans ordre de Bragg (qu'il méprisait) vers Tullahoma. Ceci obligea à la retraite les autres éléments de l'armée de Bragg à Tullahoma. Le 28 juin, Hardee et l'ancien évêque Léonidas Polk (le favori de Davis qui intriguait en permanence contre Bragg) proposèrent en termes choisis et moins choisis d'abandonner Tullahoma. Le jour suivant l'armée de Bragg retraitait sur Chattanooga.
Au prix de 500 pertes, Rosecrans faisait un bond de 160 km en avant et devint capable d'assurer une présence  fédérale permanente sur la route ferroviaire principale entre la Virginie et Memphis. Pour prendre Chattanooga (la porte à l'intérieur du sud), Rosecrans devait d'abord y aller,  et il le ferait.

Cette bataille ne reçoit pas beaucoup d'attention et est peu intéressante pour ceux qui frémissent à un taux élevé de cadavres. Toutes bonnes raisons pour les étudiants en histoire capables de discernement de donner à ce chef d'œuvre de préparation et d'exécution sa juste considération. Si vous voulez avoir une idée de combien il peut être amusant d'être l'objet de la "guerre douce", lisez les rapports de Bragg, Polk et Cleburne.



7. La bataille de Chickamauga 19-20 septembre 1863

Après Tullahoma (22-28 juin 1863) Rosecrans prépara très soigneusement son mouvement d'encerclement autour de Chattanooga. Le 29 août 1863 ses forces franchissaient la Tennessee en quatre points dans les environs de Bridgeport, Alabama, en aval de Chattanooga. De là, il envoya l'armée du Cumberland en trois groupes sur un front large de 80 km autour de Chattanooga. McCook était au sud de Lookout Mountain, Thomas occupait au centre les passes de Cooper et Stevens à Lookout Mountain (avec l'aide de sympathisants unionistes locaux), et Crittenden  devait occuper Chattanooga après que Bragg l'eut quitté, ce qu'il fit le 8 septembre. Cependant, tous les rapports affirmant que Bragg fuyait en désordre vers Atlanta ou Rome, Géorgie, étaient faux. Thomas avertit Rosecrans que Bragg n'était pas si loin et qu'il était dangereux pour eux de trop disperser leurs forces, qu'il vaudrait mieux d'abord se concentrer et consolider les positions de l'Union sur Chattanooga avant d'aller plus loin.
Toutefois, Rosecrans était soumis à la pression incessante de Stanton et Halleck de poursuivre et "détruire" Bragg et il décida d'aller après lui. Il était également ennuyé de n'avoir pratiquement reçu aucune reconnaissance pour sa campagne de Tullahoma, et probablement il voulait se refaire en plaçant le grand coup. Bragg aussi était conscient que Rosecrans se trouvait largement dispersé, et il préparait plusieurs tentatives pour le battre en détail avant qu'il ne puisse se concentrer. Cependant, chacune de ces tentatives fut gâchée par les dissensions des subordonnés de Bragg et leur désobéissance aux ordres. L'une de ces tentatives eut lieu à McClemore's Cove, directement à l'est de la passe de Stevens. C'était une vallée étrange avec peu de débouchés juste à l'ouest de La Fayette, Géorgie. Une fraction du commandement de Thomas sous Negley avait avancé dans la vallée par une entrée à l'ouest. Negley était supposé continuer, mais lui et Thomas, alarmés par les rapports des éclaireurs signalants de grandes masses de troupes confédérées à quelques kilomètres devant Lafayette (et également avertis par des sympathisants unionistes de la crique) s'arrêtèrent et attendirent deux jours (11-12 septembre 1863). Ce qui aida également Thomas c'est son service secret qui avait déchiffré les codes des signaux de Bragg.  L'Union n'avait pas seulement les meilleurs canons, mais aussi les meilleurs mathématiciens.

Cependant Bragg essayait de construire un piège. Hindman devait attaquer Negley par le nord, et A.P. Hill devait attaquer par l'est au son de l'attaque menée par Hindman. Negley aurait du être pris dans une  nasse si Hindman n'avait pas trouvé des latitudes dans ses ordres et retardé son action. Bragg, attendant avec Hill d'entendre le son du canon venant du coté nord de la crique, hésita aussi. Trop longtemps, Negley poussa en arrière à l'ouest de la crique et échappa au piège. Au cours des semaines suivantes Rosecrans concentra frénétiquement ses trois groupes pendant que Bragg essayait de le prendre de flanc et de lui couper les routes principales en arrière vers Chattanooga. Ceci conduisit à une confrontation entre des patrouilles de cavalerie qui amenèrent à la bataille générale de Chickamauga Creek les 19-20 décembre 1863.

Selon Ambrose Bierce, ingénieur topographique servant avec hazen sous Thomas pendant la bataille de Chickamauga, le combat se réduisit a la lute pour le contrôle d'une route", celle de McFarland allant de la gauche fédérale vers Chattanooga par la passe de McFarland. Ni Rosecrans, ni Bragg n'étaient prêts à combattre. Bragg était plus regroupé mais, jusqu'à l'arrivée du corps de Longstreet le 18 septembre, il était numériquement inférieur à l'armée du Cumberland. Avant l'arrivée de Longstreet, Bragg avait fait plusieurs tentatives pour engager des portions de l'armée de Rosecrans, mais les mauvaises communications et la complète désobéissance de quelques uns de ses subordonnés (en particulier Polk, Hindman et A.P. Hill) avaient tout fait échouer. Les unités séparées de Rosecrans avaient été forcées d'accomplir des marches de nuit afin d'arriver ensemble et simultanément d'approcher au plus près de Chattanooga. Bragg avait fait mouvement dans le même temps, se déplaçant vers le nord afin de tenter de se mettre entre Rosecrans et Chattanooga.

Le premier contact important pris place le 18 entre les deux cavaleries. Pour des raisons difficiles à comprendre et impossibles à expliquer, une attaque de Polk contre Crittenden sur la gauche de Rosecrans ne vint pas. De plus, le terrain était complètement impraticable pour une attaque ou une défense coordonnée tant il était boisé. Steele écrivit: "Aucune des armées ne connaissait les positions exactes de l'autre… Il est probable que les commandants de division des deux cotés ne savaient pas vraiment ou se trouvaient leur propre commandement, dans les bois épais, laissant isolées les autres troupes de leur propre armée, ou les troupes de l'armée hostile. Les lignes étient, à ce moment, longues d'environ six miles." En plus de cela, avec l'arrivée du corps de Longstreet le 18, le jour précédent la bataille, et l'arrivée de Longstreet lui-même tard dans la nuit du 19, il est facile d'imaginer la confusion dans la disposition des deux armées.

A nouveau, le premier combat fut livré entre des unités de cavalerie qui conduisit à l'engagement général, lui-même dégénéra en une mêlée de toute une journée ou aucun des deux camps ne put affirmer avoir un quelconque avantage. Au cours de la nuit, encore plus d'unités des deux camps battirent la semelle comme Rosecrans se préparait à se défendre et Bragg à attaquer. Bragg avait conçu un plan de bataille compliqué qui reposait sur une attaque préliminaire de Polk contre la gauche de l'Union, mais il n'eut pas l'ordre, ou bien il l'eut mais l'ignora, et même si il l'avait bien eu, il aurait tardé à l'exécuter (par principe), donc il n'y eut pas d'attaque ~a l'heure prévue. Longstreet, sur la gauche de Bragg,  devait attaquer quand il entendrait les sons de l'assaut de l'autre coté de la ligne, mais comme il n'y eut pas d'attaque de ce coté, Bragg envoya l'ordre d'avancer directement aux commandants de divisions, passant au dessus de Longstreet. En tous cas, la bataille commença. Thomas était à ce moment sur l'extrême gauche de l'Union protégeant la très importante route qui allait à Chattanooga. Son appel pour des renforts  créa par inadvertance une brèche sur la droite nordiste. L'histoire trop souvent répétée que Wood obéit de son propre grès à un ordre de Rosecrans qu'il savait être mal avisé, n'est probablement pas vraie. Il lui fut ordonné de l'exécuter par McCook qui passa plus tard en court-martiale (mais ne fut pas ouvertement blamé) pour son action dans la bataille. En tous cas, une brèche fut ouverte, et les hommes de Hood furent heureux de la trouver là juste au moment qu'ils faisaient une des fameuses attaques  "tout ou rien"  à la Hood. La droite fédérale, déjà dans un état avancé de confusion, s'effondra. Rosecrans et la plupart de ses officiers s'enfuirent vers Chattanooga, ce qui effectivement devait mettre fin à leur carrière militaire. Negley, déclaré malade avant la bataille, tourna les talons et emmena avec lui toute l'artillerie de l'Union. Charles Dana, assistant Secrétaire d'Etat et l'espion de Stanton, paniqua aussi et ordonna à toute la brigade de Wilder, qui jusque là semblait être partout sur ce champ de bataille, de l'escorter en arrière à Chattanooga. Vers midi ou à peu près, Thomas se retrouva seul avec 25.000 hommes sur le terrain contre près de 60.000 confédérés. Aussitôt qu'il se rendit compte de sa situation, il concentra ses troupes autour de Snodgrass Hill et résolut de combattre et de tenir jusqu'à la nuit, ce qu'il fit. Il y fut aidé par les attaques frontales aveugles que Longstreet lança de l'extrémité sud de la ligne confédérée, et par l'arrivée de Granger dans l'après-midi avec le corps de réserve et les munitions. Cela aida également que les hommes de Thomas étaient les mieux entraînés et les plus motivés de toute l'armée ou même de tout le pays. A la fin du jour, Thomas n'avait pas craqué, et il fut capable de reculer sur McFarland Gap par étapes, sauvant ainsi l'armée de l'Union. Thomas fut dès lors connu comme le "Roc de Chickamauga" pour son exploit. Plus d'un an après c'est son action à Chickamauga qui fut citée comme la raison de sa promotion au grade de major général de l'armée régulière, pas sa victoire récente de Nashville, mais c'est une autre histoire…
Les statistiques de pertes racontent l'histoire à elles seules,  les 58.000 fédéraux présents subirent 16 000 pertes (28%) et les 66.000 confédérés, 18.000 (28%). La bataille fut appelée les deux jours les plus sanglants de la guerre. Bragg avait remporté une victoire tactique, mais son armée était en presque aussi mauvais état que celle de Rosecrans. Bragg ne voulait pas poursuivre, et son armée n'était probablement pas en état de le faire, et alors Rosecrans conserva Chattanooga. La victoire de Bragg  resta couteuse et stérile. Les pertes de Rosecrans étaient importantes mais, dans le long terme, sans conséquence.
Rosecrans avait été contraint de poursuivre Bragg avec plus d'impétuosité que de prudence et cela avait coûté cher. Est que cela en avait valu la peine?



8. Les batailles pour Chattanooga les 23, 24 et 25 novembre 1863

Thomas à Halleck: " J'ai fait ma dernière protestation jusqu'à la fin de la guerre. Vous pouvez toujours me subordonner à une tête de bois (lourdaud) si vous choisissez de le faire. Je prendrai garde, cependant, de diriger mon commandement, autant que possible , pour qu'il ne soit pas inclus dans les erreurs de la tête de bois."

La campagne de Chattanooga fut une série extraordinaire d'événements complexes débutant bien avant son commencement et incluant la bataille de Chickamauga (que je traiterai séparément).
Après Tullahoma (22-28 juin 1863) Rosecrans prépara très soigneusement son mouvement en direction et autour de Chattanooga. Le 29 août 1863 ses forces franchissaient la Tennessee en quatre points dans les environs de Bridgeport, Alabama, en aval de Chattanooga. De là, il envoya l'armée du Cumberland en trois groupes sur un front large de 80 km autour de Chattanooga. McCook était au sud de Lookout Mountain , Thomas occupait les passes de Cooper et Stevens à Lookout Mountain (avec l'aide des Unionistes locaux), et Crittenden  devait occuper Chattanooga après que Bragg l'eut quitté, ce qu'il fit le 8 septembre. Cependant, tous les rapports affirmant que Bragg fuyait en désordre vers Atlanta ou Rome , Géorgie, étaient faux. Thomas avertit Rosecrans que Bragg n'était pas si loin et qu'il était dangereux pour Rosecrans de trop disperser ses forces, qu'il vaudrait mieux d'abord se concentrer et consolider les positions des Fédéraux sur Chattanooga avant d'aller plus loin.
Toutefois, Rosecrans était soumis à la pression incessante de Stanton et Halleck de "détruire" Bragg, et il décida de le poursuivre toute de suite. Etant ambitieux comme un autre, il était également ennuyé de n'avoir pratiquement reçu aucune reconnaissance pour sa campagne de Tullahoma. Bragg était aussi conscient que Rosecrans se trouvait largement dispersé, et il préparait plusieurs tentatives pour le battre en détail avant qu'il ne puisse se concentrer. Cependant, chacune de ces tentatives fut gâchée par les dissensions des subordonnés de Bragg et leur désobéissance aux ordres. L'une de ces tentatives eut lieu à McClemore's Cove, directement à l'est de la passe de Stevens. C'était une vallée étrange, avec peu de débouchés, située juste à l'ouest de Lafayette, Géorgie. Une fraction du commandement de Thomas sous Negley s'était avancé dans la vallée par l'entrée à l'ouest. Selon les ordres de Rosecrans, Negley aurait dû continuer, mais lui et Thomas, inquiétés par les rapports des éclaireurs signalant de grandes masses de troupes Confédérées à quelques kilomètres devant Lafayette (et également avertis par des sympathisants Unionistes de la crique) s'arrêtèrent et attendirent deux jours (11-12 septembre 1863). Ce qui aida également Thomas c'est son service secret qui avait déchiffré les codes des signaux de Bragg (l'Union n'avait pas seulement les meilleurs canons, mais aussi les meilleurs mathématiciens).

Cependant Bragg essayait de construire un piège. Hindman devait attaquer Negley par le nord, et A.P. Hill devait attaquer par l'est au son de l'attaque menée par Hindman. Negley aurait du être pris dans une nasse si Hindman n'avait pas découvert dans ses ordres la liberté d'agir à sa discrétion et retardé son action. Bragg, attendant avec Hill d'entendre le son du canon venant du coté nord de la crique, hésita aussi. Trop longtemps, Negley poussa en arrière à l'ouest de la crique et échappa au piège. Au cours de la semaine suivante Rosecrans concentra frénétiquement ses trois groupes pendant que Bragg essayait de le prendre de flanc et de couper à Rosecrans les routes principales menant à Chattanooga. Ceci conduisit à une confrontation entre des patrouilles de cavalerie qui amenèrent à la bataille générale de Chickamauga les 19-20 septembre 1863.

Après la défaite Fédérale, seulement sauvée d'une complète déroute par l'improbable résistance de Thomas contre l'armée entière de Bragg (25.000 hommes contre 60.000), Rosecrans fortifia Chattanooga, abandonnant les hauteurs de Lookout Mountain et Missionary Ridge à Bragg. Rosecrans s'était sauvé pour le moment, mais sa situation logistique était critique et allait encore empirer.
Pour différentes raisons (le chaos également dans la situation logistique Confédérée, les pertes affreuses de Chickamauga, les fortes défenses autour de Chattanooga) Bragg décida d'assiéger Rosecrans plutôt que de risquer une attaque. Bragg était également occupé à essayer de débarrasser son armée de tous les éléments insubordonnés qui avaient grandement contribués à limiter ses options avant la bataille. Un de ses éléments parmi les plus insubordonnés était Longstreet, le "sauveur" venu de l'est. Il avait espéré que Davis le nomme en remplacement de Bragg, et il était sauté à pieds joints dans la rébellion parmi des officiers de Bragg, prenant position lui même contre Bragg, bien sûr. Mais Davis était venu à Chickamauga, avait écouté, vu et s'en était tenu à Bragg.

Bragg essaya d'accommoder Longstreet en lui donnant la responsabilité de tout le flanc gauche (la vallée de Chattanooga, Lookout Mountain, Lookout valley, et au delà), mais Longstreet n'en fut pas plus adouci. Il montra une indifférence complète de sa charge, désobéi aux ordres de Bragg de rejeter Hazen (qui avait traversé à Brown's ferry le 27 octobre), et désobéi encore aux ordres d'utiliser "toutes les forces nécessaires" pour s'opposer à Hooker qui était entré dans la Lookout valley par l'ouest le 28 octobre. Au lieu de cela, Longstreet ordonna une attaque de nuit improvisée par une division contre l'arrière garde de Hooker - une division à Wauhatchie sous Geary. Cela ne donna rien et Hooker put rester ou il était aussi longtemps qu'il le voulait. Ceci stabilisa la ligne d'approvisionnement venant de la voix ferrée de Nashville à Stevenson, Alabama, de là par bateau-mouche à Kelley's ferry, et à Chattanooga par la route facile passant par Raccon mountain à Brown's ferry - la "cracker line".

Ayant gaspillé tout le flanc gauche de Bragg, Longstreet intrigua avec Davis afin d'être renvoyé en Virginie, en passant par Knoxville, Tennessee pour y éjecter Burnside*. Davis ordonna ainsi et Bragg s'inclina, désireux de voir Longstreet partir, et espérant que la menace sur Burnside éloignerait une partie des forces de Grant à Chattanooga.
Grant était arrivé le 23 octobre 1863. Le 19 octobre, Thomas avait pris le commandement de toute l'Armée du Cumberland à Rosecrans qui ne s'était pas remis de la débâcle de Chickamauga. Thomas commença immédiatement à réorganiser l'armée et résolut les problèmes d'approvisionnement (selon un plan établi par Baldy Smith et Rosecrans). Grant approuva le plan qui était déjà initié. Cependant, Grant préparait son propre plan qui devait faire de Sherman le vainqueur (et de lui même l'architecte de cette victoire) dans la bataille à venir contre Bragg. A ce moment, Sherman s'approchait lentement à Chattanooga par l'ouest du Tennessee avec l'ancienne armée de Grant, maintenant la sienne (Grant avait été promu commandant de la division du Mississippi).

Thomas et Grant ne s'aimaient pas beaucoup l'un et l'autre. Grant n'était plus très sûr de lui en présence de Thomas, voyant en lui le seul rival possible pour le commandement suprême. De l'autre coté, Thomas n'aimait pas la façon dont Grant improvisait dans la bataille. De plus, Thomas n'avait pas réellement besoin de l'aide de Grant pour se mesurer à Bragg. Pour un développement complet de la situation , voyez mon article "La politique dans l'armée de l'Union à la bataille de Chickamauga". Le calendrier secret de Grant , ou pas si secret que cela, (promotion de Sherman, rappel de lui même vers l'Est pour lutter contre Lee, ouverture vers d'autres voix vers le succès après la guerre), était d'ors et déjà en conflit avec celui de Thomas qui ne voulait que battre Bragg de façon décisive et abréger la guerre. En un mot, Sherman arriva tardivement et se comporta de façon incroyablement incompétente dans sa tâche de prendre l'extrémité Nord de Missionary Ridge. Cette série d'échecs donnèrent à Thomas l'occasion de porter son effort là ou il voulait le faire au commencement, c'est à dire contre le flanc sud de Bragg à Rossville Gap. Selon le plan de Grant, Hooker devait être tenu en réserve, et peut être faire une petite démonstration. Thomas était seulement là pour faire une démonstration et se joindre à Sherman dans sa marche victorieuse le long de la crète de Missionary Ridge. Le retard de Sherman permis à Thomas d'obtenir de Grant la "permission" à Hooker d'attaquer Lookout Mountain le 24 novembre, pendant que Sherman franchissait le Tennessee par la rive nord du coté opposé à l'extrémité nord de Missionnary Ridge qui, en ce moment, était pratiquement sans défense.

Hooker prit Lookout Mountain. Pourtant, Sherman, grâce à sa reconnaissance boiteuse, échouât dans la tentative d'arriver à l'objectif fixé dans ses ordres - le tunnel de chemin de fer - dans l'après midi du 24 novembre. Il s'arrêta à 2 km trop tôt. Ceci rendit possible à Thomas à donner des ordres à Hooker pour qu'il attaque Rossville Gap (le flanc sud de Bragg) le prochain jour, tout cela en face de l'opposition de Grant qui ne voulut aucun rôle significatif pour Hooker, ni pour Thomas.
Dans l'après midi du 25 novembre Sherman se faisait battre en détail par Cleburne (qui s'était placé avec une division devant Sherman dans la nuit du 24 nov.) avait moins du quart des forces dont disposait Sherman). Au même temps Hooker prenait Rossville Gap et envoyait des troupes en trois colonnes au nord vers le quartier général de Bragg sur Missionnary Ridge. Osterhaus (une division de Sherman échouée sur la rive sud de la Tennessee par une rupture dans le pont et récupérée par Hooker), parvint même bien près des arrières des positions de Bragg et causa probablement la première panique dans les rangs sudistes, ce qui aida les troupes de Thomas à rompre le centre de Bragg en six points au cours de la fameuse charge vers le sommet de la crête. Peut être la panique eut même débutée parmi les défenseurs plus tôt, déjà dans la matinée, parce qu'ils pouvaient voir parfaitement comme Hooker, avec environ 12 000 hommes, traversa la vallée sans opposition vers leur flanc gauche "en air".

Cette charge commença selon les ordres de Grant pour une démonstration limitée afin de diminuer la pression sur Sherman. Les troupes de Thomas étaient supposées avancer au pied de la crête et s'arrêter là - un bien mauvais ordre car les soldats auraient alors été exposés directement au feu plongeant des défenseurs en haut. De plusieurs façons Thomas différa l'exécution de cet ordre jusqu'à ce qu'il sut que Hooker avait investi le flanc gauche et le derrière de Bragg. Quand ses troupes prirent les positions prévues, elles continuèrent leur charge jusqu'au sommet (2 à 300 mètres au dessus du plateau, avec une pente jusqu'à 45%) et l'emportèrent. Il y a une dispute entre les historiens pour savoir si cette charge fut spontanée, si les divers commandants de brigades et de divisions furent simplement embrouillés, ou si Thomas avait de quelque façon ordonné le mouvement par delà les positions assignées derrière le dos de Grant. August Willich, un des premiers commandants de brigade à atteindre le sommet, écrivit dans son rapport que l'ordre qui avait été donné était de prendre la crête. Qui avait donné cet ordre ?
Pas Grant. Sa réaction à la charge jusqu'au sommet, décrite comme allant de la douce surprise jusqu'aux jurons et la colère, prouve avec certitude qu'il n'avait pas ordonné la charge et ne la voulait décidément pas. Grant avait déjà prouvé, et le prouvera encore à de multiples occasions plus tard, qu'il n'était pas particulièrement motivé par le désir de garder en vie le plus grand nombre possible de ses hommes dans une bataille. La principale raison pour son déplaisir, au delà de sa réaction habituelle à ce qu'il percevait comme la moindre désobéissance à ses ordres, était la crainte que la charge pouvait réussir, dérobant ainsi à Sherman la victoire ou en plutôt le crédit.

Après le fait, Grant, Sherman, Halleck et Dana sauvèrent la situation en écrivant l'histoire de la bataille selon leur gré, faisant de l'échec de Sherman une opération pour tenir Bragg en place, transformant la charge de Thomas en miracle (un coup de chance), et niant complètement que Hooker m'eut tourné le flanc gauche de Bragg. Pendant deux heures, Hooker aurait simplement disparu dans une sorte de trou noir à Rossville, selon le rapport de Grant.
Après la bataille, l'armée du Cumberland de Thomas fut incorporée dans l'armée du Tennessee de Sherman et Sherman fut chargée de la conduire vers Atlanta (voyez la campagne des 100 jours). Cela ne lui nuit pas que son frère soit sénateur de l'Ohio, ou que son beau père était un ancien sénateur.

*Burnside accomplit un joli travail à Knoxville, payant Longstreet en retour pour Fredericksburg.


9. La campagne da Dalton à Atlanta 7 mai - 16 juillet 1864

Après la bataille de Chattanooga, Sherman, au lieu d'être examiné par une court d'enquète militaire, fut fait commandant de la division militaire du Mississippi, et l'armée du Cumberland de Thomas fut incorporée dans le commandement de Sherman. La campagne suivante pour approcher d'Atlanta est une histoire d'opportunités manquées et de faux fuyant officiels de la part de Sherman quand il tente d'expliquer à Grant et au monde pourquoi il ne fut pas capable d'éliminer la petite armée,  relativement appauvrie, de Joseph Johnston, qui a remplacé Bragg le 27 décembre 1863. Dans ses lettres et ses rapports Sherman cite beaucoup d'autres personnes (Thomas, Hooker et co. ) comme étant responsable de cela, mais jamais lui-même. Pourtant , pour quelque raison, Grant préférait le style de Sherman pour conduire les affaires à celui de Thomas, et c'était ainsi. Peu importa à cet étrange duo que toute l'énorme quantité de travail d'état-major (génie, reconnaissance, gestion des chemins de fer, logistique, paye, etc.) pour les trois armées fut supportée par l'état-major de Thomas. Les solides compétences et le professionnalisme de Thomas peuvent avoir occasionnellement provoqués Sherman (sous le strict controle de Grant) à montrer à Thomas qui était réellement le patron. Oui, Atlanta fut prise le 2 septembre 1864, juste à temps pour influencer les élections du congrès dans le Nord. Si Thomas aurait été le chef, ou si Sherman aurait été capable de surmonter sa jalousie et d'écouter Thomas (si toutefois il avait pu parler), l'armée du Tennessee de Johnston aurait cessé d'exister bien avant le 2 septembre. La téléguidage de Grant de la conduite de la campagne de Dalton à Atlanta a rallongé la guerre d'au moins un an.
Sam Watkins se réfère à la campagne des cent jours , entendant par là que ce fut une série de combat ininterrompue. Je préfère désigner géographiquement cette phase d'avance vers Atlanta. Par commodité pour l'étude, nous sommes obligés de diviser à la fois ceci et la phase suivante en batailles séparées, quelques une étant arbitrairement désignées. Ces moments clés de la première phase (De dalton à Atlanta) sont, comme je les comprend: 1) Rocky Face Ridge (Dalton ou Dug Gap)  7-13 mai 1864; 2) Resaca 13-15 mai 1864: 2 1/2) New Hope Church 25-26 mai 1864; 3) Kennesaw Mountain  27 juin 1864 et 4) Chattahoochee River 4-9 juillet 1864. J'ai choisi de terminer cette première phase de la campagne d'Atlanta le 17 juillet 1864 quand Hood s'arrangea pour remplacer Johnston et assuma le commandement de l'armée du Tennessee.

1) le 7 mai 1864 Sherman donne le coup d'envoi de sa campagne de printemps contre Johnston à Rocky Face Ridge (en vue de l'actuel parc du champ de bataille de Tunnel Hill en Géorgie). Bien avant cela, les éclaireurs de Thomas avaient signalé que la passe de Snake Creek Gap à environ 25 km au sud-ouest de Dalton était peu ou pas défendue. Thomas proposait de franchir cette passe avec son armée entière de 60.000 hommes et de la conduire derrière Johnston à califourchon sur la voix ferrée à Resaca et d'attendre pour voir ce que Johnston allait faire. Au lieu de cela , Sherman (suivant sans aucun doute les ordres de Grant) attenua le plan, en fit le sien, et envoya McPherson avec 25.000 hommes, plus qu'assez pour remplir la mission si McPherson n'avait eu les pieds gelés. Après avoir franchi la passe McPherson rencontra les retranchements mineurs de Resaca tenus par 4 000 confédérés, et il rebroussa chemin vers Snake Creek Gap. Pendant ce temps, Sherman faisait une démonstration frontale, sans effet et couteuse à Rocky Face Ridge. Plus tard, il envoya quand même la plupart de ses forces à travers la passe de Snake Creek, mais Johnston s'était prudemment retiré sur Resaca, en dehors de la trappe. Les instructions de McPherson avaient été assez explicites, mais après coup Sherman les rendit encore plus explicites dans sa recherche d'un responsable. Est il possible que le plan  original de Thomas, en cas de succès, aurait trop bien reflété la capacité de Thomas pour le goût de Grant? Sherman ne rapporta pas ses pertes.

2) Le 13 mai 1864, Sherman  "tâta" Johnston à Resaca qui a été renforcé par Polk, portant ses effectifs à environ 60.000 hommes. Sherman avait, en fait, deux fois ce potentiel. Le jour suivant se déroula un engagement général (ou Hooker se battit bien) mais les confédérés tinrent bien, excepté sur leur flanc droit ou Sherman n’exploita pas son avantage. Une autre opportunité manquée. Le 15, Sherman commença un large mouvement de flanc vers le chemin de fer, et Johnston recula sur Cassville et se retrancha. Pertes estimées: 5 547  au total (US 2747, CS 2800)

2 (et demi) : Au cours de la bataille à New Hope Church (Dallas, Ga) les 25-26 mai 1864, Sherman tenta d’éviter les montagnes et d’atteindre la voix ferrée à Marietta, mais il échoua. Le 26 Sherman supposa par erreur que Johnston ne fut pas en force et ordonna au corps du major général Jospeh Hooker d’attaquer en un point qui sera plus tard nommé le "trou de l’enfer". Les troupes de Hooker furent sévèrement malménées et plus tard Sherman blama Hooker pour n’avoir pas attaqué suffisamment tôt. Johnston se retira sur des positions sur et devant la montagne Kennesaw. Pertes estimées: US 1600, CS inconnues

3) Il était une fois le 27 juin 1864, après des semaines de pluie et d’inaction, une bataille dans le style de Sherman qui fut livrée à Kennesaw Mountain. Sherman, morose et incertain, incapable d’arriver à la solution à laquelle il serait de toutes façons parvenu un ou deux jours plus tard, ordonna un assaut frontal. Dans l’intervalle il écrivit une lettre à Grant dans laquelle il "descendait" Thomas pour sa lenteur ("Un sillon frais dans un champ labouré stopperait la colonne entière et tous commencerait à se retrancher"). L’attaque fut un grave échec (voir les pertes ci dessous), et Sherman dans son rapport sur la bataille expliqua ainsi sa pensée: "Une armée pour être efficace ne doit pas se cantonner à un seul mode d’offensive, mais doit être préparée à exécuter tout plan qui promet le succès. Je voulais, pour le moral, faire un assaut victorieux contre l’ennemi derrière ses retranchements, et était résolu à tenter cela sur un point ou le succès donnerait les plus beaux fruits de la victoire." En d’autres termes, Sherman ordonna de forcer le centre juste pour montrer à Johnston que Sherman faisait autre chose que des mouvements tournants. Aucun autre passage pris dans les écrits de Sherman ne montre mieux que celui-là la sa corruption morale.

Alors que chaque assaut frontal que Sherman eut conduit au cours de sa carrière pendant la guerre civile à été un échec, pourquoi avoir tenté celui là? McKinney écrit:  "Il est possible que la jalousie de  Sherman envers Grant l’ai conduit à cet assaut ". Ma conviction toutefois est que Sherman a attaqué avec l’accord de Grant. Je laisse à l’imagination du lecteur pourquoi Grant et Sherman ont forcé Thomas à faire ce qu’il avait toujours évité jusqu’à ce point de la guerre - le sacrifice inutile de ses hommes dans un assaut frontal sans espoir. Une chose que cette bataille démontra fut qui n’était pas le patron dans la division militaire du Mississippi.
Pertes estimées 4 000 (US 3 000, CS 1 000).

4) Du 4 au 9 juillet 1864 Sherman déborda par le flanc les positions de Johnston contre la rivière Chattahoochee et Johsnton recula dans Atlanta. Le siège commença. 



10. Les batailles pour Atlanta 20 juillet - 1er septembre 1864

Cete continuation est vraiment bien ennuyeux. L’armée de Hood était plus petite que celle de Sherman, et Hood fut repoussé à chaque fois qu’il attaqua une portion de l’armée de Sherman. Le taux des pertes révèle la futilité des efforts de Hood, aussi bien que la psychose à la "crépuscule des dieux"» qui étreint le coté des perdants à chaque guerre. Le fait que Sherman éparpillait ses forces quand il savait que Hood allait attaquer dans tous les cas, (pour bien montrer à Richmond la différence avec Johnston) le rend même monotone. L’issue inévitable que le commandant victorieux ne pouvait gâcher, malgré son manque d’imagination, n’est pas dans ma conception d’une Histoire intéressante. Cependant, les quatre phases principales sont 1) Peachtree Creek le 20 juillet; 2) bataille d’Atlanta le 22 juillet; 3) Ezra Church le 28 juillet; 4) Jonesboro le 31 aout-1er septembre.

1. Après avoir été débordé de ses positions derrière la Chattahoochee, Johnston se retira au sud de Peachtree Creek, s’écoulant d’est en ouest à environ trois miles au nord d’Atlanta. Sherman scinda son armée en trois colonnes pour l’assaut sur Atlanta avec l’armée du Cumberland de Thomas venant du nord. Johnston avait décidé d’attaquer Thomas, mais le 17 juillet, Davis le remplaçait par Hood dont la correspondance directe avec Davis peut avoir influencer cette décision. Dans ses lettres, Hood présenta l’opinion des principaux commandants de l’armée du Tennessee comme étant défavorable à Johnston. C’était à peu près ce que Davis voulait entendre, car Johnston et lui même étaient en désaccord depuis le début du conflit à cause d’une date sur un morceau de papier (la notification de la nomination de Johnston au rang du général). Le 20 juillet, l’armée de Hood (incluant de jeunes garçons et des vieillards) attaquait Thomas pendant que son armée était à cheval sur le Peachtree Creek. Les troupes de Hooker combattèrent très bien. L’artillerie fédérale sous la direction personnelle de Thomas fut particulièrement efficace contre les Confédérés qui surpassaient en nombre cette portion de l’armée de Sherman, mais qui furent néanmoins repoussés. Si j’avais été un général Confédéré, j’aurais évité Thomas. Pertes estimées: 6506 au total, (US 1710; CS 4796)

2. Au cours de ce qui fut appelé la bataille d’Atlanta le 22 juillet, Hood attaqua encore en détail un des groupes de l’armée de Sherman, cette fois McPherson. Hood envoya Hardee avec son corps dans un marche de 25 km pour surprendre la gauche et l’arrière de l’Union sans protection, à l’est de la ville. McPherson fut tué. L’artillerie de Sherman fut efficace contre une brèche provoquée par Cheatham, Logan y mena une contre-attaque qui restaura le ligne de l’Union. Pertes estimées: 12140 au total (US 3641; CS 8499)

3. Lors de la bataille d’Ezra Church le 28 juillet 1864, Howard reçut l’ordre d’attaquer la ligne de chemin de fer du coté ouest d’Atlanta. Hood en sortit pour attaquer et enlever les fortifications de Howard. Une fois encore les pertes Confédérées furent lourdes, mais Howard ne put pas couper la voix. Pertes estimées: 3562 (US 562; CS 3000)

4. Lors de la bataille (ou de la non-bataille selon Sam Watkins) de Jonesboro au sud d’Atlanta les 31 aout et 1er septembre 1864, ce fut Hardee qui, avec deux corps, tenta d’attaquer six corps de Sherman qui évita la bataille. Thomas avait proposé un plan pour éliminer Hardee, mais Sherman était plus intéressé à couper la dernière ligne de chemin de fer, ce qu’il fit. Pertes estimées: 3149 (US 1149; CS 2000). Hood évacua Atlanta le 1er septembre et le 2, Sherman y entrait et envoyait son télégramme à Lincoln. Les cloches sonnèrent dans tout le Nord et la réélection de Lincoln fut assurée. Thomas résuma Jonesboro dans son rapport: "Les forces fédérales occupent Atlanta, Géorgie. Sherman repli ses forces de Lovejoy station plutôt que d’attaquer et détruire ou disperser l’armée du Tennessee. Il laisse Hood racommoder son armée."


11. Les batailles de Franklin (30 novembre 1864) et Nashville (15-16 décembre 1864)

Après les batailles pour Atlanta, Hood menaçait les voix ferrées de communications  de Sherman avec Chattanooga. Sherman poursuivit aussi loin que Rome, Ga, mais ne put rejoindre Hood, aussi il arrêta et retourna à Atlanta. Pendant que Hood se refaisait en Alabama, Sherman préparait des plans préfigurant la guerre totale du XXeme siècle contre les civils pour faire hurler la Géorgie. Il divisa ses forces, prenant le valeureux 14eme corps de Thomas (celui dont il avait dit qu’il était si lent devant Kennesaw qu’il aurait été arrêté par un "sillon frais") et le reste de la crème de l’armée, et envoya tout le reste bancale à Thomas à Nashville. En vérité, Thomas gardait le 4eme corps comme noyau. Puis Sherman invita Hood à aller folâtrer à bonne vitesse dans sa quète pour atteindre l’Ohio et au delà.
La maigre et endurcie armée de Hood avec Forrest franchissait la rivière Tennesee le 17 novembre 1864. Au début, ses intentions n’étaient pas claires pour Thomas, donc il divisa ses forces limitées en petites et vulnérables unités pour constituer un  système de postes de garde profond de 50 miles. Il coordonna ce système au moyen de télégrammes dont des centaines étaient envoyés par jour avant la bataille finale - en soi-même une innovation majeure concernant la science militaire.

La part de Schofield dans cette stratégie était de retarder Hood autant que possible sans risquer la perte de son corps. Schofield s’établi de lui-même à Columbia derrière la rivière Duck. Le 29 novembre, la cavalerie de Wilson prévenait Schofield que Hood était prêt à franchir la rivière et à le déborder, mais Schofield, en dépit des ordres directs de Thomas de reculer, réagit trop lentement et trouva Hood entre lui et Franklin sur la route de Nashville. La conduite de Schofield pendant l’entière campagne de Nashville est difficile à expliquer à moins que vous ne fassiez le postulat qu’il pensait mériter le commandement à la place de Thomas.
 Pendant la nuit du 29 au 30 novembre, les troupes de Schofield marchèrent à travers Spring Hill en vue des feux de camp Confédérés pendant que Hood dormait. La plupart des auteurs ont écrit que les subordonnés de Hood essayèrent de le réveiller mais n’y parvinrent pas. Beaucoup d’auteurs écrivirent que Hood avait bu ce soir là, dangereuse combinaison avec la médecine à base d’opium qu’il prenait pour soulager la douleur de ses blessures de guerre (jambe amputée, bras mutilé). Le matin suivant, quand Hood découvrit que Schofield s’était échappé, il enragea et blâma ses officiers. A partir de quatre heures cet après-midi, pendant que Hood se reposait , il ordonna à son armée des assauts frontaux répétés sans reconnaissance préalable et sans soutien d’artillerie contre les travaux de Schofield au sud de Franklin. A Gettysburg, Lee eut le réalisme de rompre après une seule attaque le 3 juillet et se chargea de son échec. A Franklin, Hood la répéta jusqu’à dix heures du soir; six heures de folie absolue. Les pertes de Hood ce jour là furent d’environ 25% de son armée, incluant six généraux tués, parmi eux le meilleur commandant que la Confédération avait produit; l’Irlandais Patrick Cleburne. Si Schofield avait été sur le front pour diriger la défense de l’Union, cela aurait pu être encore pire, des erreurs furent commises qui furent cependant neutralisées par l’action du général Emerson Opdycke. Forces estimées, pertes estimées US 27.939, 2 26; CS 26.897; 6252.

Pendant la bataille, Schofield mis son train sur la route, puis dans la soirée il abandonna le terrain à Hood qui télégraphia à Richmond qu’il avait gagné la bataille, avec …hum…quelques pertes. Note: A l’est de Franklin, la cavalerie de Wilson ferma Forrest  Plus tard à Selma, Forrest perdrait devant lui.
Après de telles pertes, Hood, quand il arriva devant Nashville le jour suivant, n’était plus en position de livrer bataille à Thomas et s’établit dans une sorte de quartiers d’hiver juste devant les fortifications de Nashville. Dans tous les cas, il n’aurait pas été avisé d’attaquer les fortifications de Nashville qui constituaient les travaux les plus achevés devant une cité du Sud au cours de toute la guerre. Tout ce qu’il pouvait espérer étaient des renforts qui n’arrivèrent jamais ou de nouvelles recrues de la population locale qui s’enfuit dans Nashville par milliers pour éviter la conscription. Sa meilleure chance résidait dans une attaque prématurée de la part des fédéraux qui aurait eu lieu si Grant aurait pu se faire valoir. Hood était allé trop loin, il ne pouvait plus avancer, ni reculer. Comme il écrivit plus tard dans ses mémoires attaque et retraite: "…les troupes voudraient, je le croyais, retourner plus satisfaites, même après une défaite, sachant qu’un courageux et vigoureux effort avait été fait pour sauver le pays du désastre." Cette remarque n’appelle aucun commentaire. Ainsi il attendait tandis que les festivités continuaient dans la demeure qui servait de quartier général à Hood . Il envoya même Forrest attaquer Murfreesboro, (un mouvement qui intrigue pratiquement tous les auteurs qui ont écrit sur cette bataille), pendant que Thomas avait été renforcé par les milices, les troupes du train formées en unités de combat, une division provisoire sous Steedman (que Thomas considérait comme un de ses meilleurs commandants) incluant des unités de couleur, et les volontaires de A.J. Smith qui étaient arrivés à Nashville à peu près en même temps que Schofield venant de Franklin. Les choses semblaient bonnes pour Thomas.

Thomas , cependant, avait quelques problèmes. Son plan était d’en finir avec l’armée de Hood une fois pour toute, ce qui ne devait pas conduire à une de ces batailles indécise,  sans nombre dans la guerre civile. Pour cela il avait besoin de chevaux pour remonter la cavalerie du "gars prodigieux" James H. Wilson, autrefois adjudant dans l’état major de Grant à Chattanooga, mais à présent major général. Sans une cavalerie efficace il ne pourrait y avoir de poursuite après la bataille et par la même, pas de conclusion décisive. Malheureusement, les chevaux étaient en petit nombre et Thomas fut contraint de les chercher prés tous les propriétaires civils de cette partie du Tennessee. Le gouverneur Johnson donna même les chevaux de son attelage. Un autre problème était le temps qui avait empiré en une tempête de glace qui durait depuis cinq jours et ne devait cesser que le 14.

Encore un autre problème fut Grant lui-même. Deja le 2 décembre, il avait adressé un télégramme pour que Thomas attaque Hood immédiatement. En cela, il avait été abusé par l’ambitieux Schofield qui avait envoyé de faux rapports à Grant sur le manque d’initiative de Thomas et les dissensions entre ses subordonnés. La seule dissension était que Schofield voulait remplacer Thomas. En cela, il était secondé par Grant qui voulait que l’armée de Hood soit endommagée le plus possible à tous prix afin de prévenir toute critique qui pourrait lui être faite sur la dispersion des forces ordonnée par Sherman après Atlanta (dispersion que Grant avait approuvé). Cependant, Grant ne voulait pas que Thomas remporte une autre victoire impressionnante qui aurait encore augmenté sa réputation. Et finalement, si Grant pouvait faire démissionner Thomas sous sa pression, ou si il pouvait conduire Stanton, Halleck ou Lincoln à le remplacer (Grant préférait que ce genre de chose soit faite par d’autres plutôt que par lui), cela n’en serait que mieux. Cette activité servait également à distraire de son propre manque de progrès dans le siège de Petersburg.
Poutant les choses n’évoluèrent pas dans ce sens. Dans la soirée du 15 décembre, juste comme Grant quittait Washington pour Nashville afin d’en prendre charge, les télégrammes commencèrent à arriver. Thomas avait attaqué et repoussé Hood, une autre attaque était prévue pour le lendemain. Grant annula son voyage et revint à sa stratégie de correction de l’Histoire sous forme écrite.

Pour revenir à la partie militaire de la bataille: le 15, Wood et Smith attaquèrent la gauche de Hood. Schofield fut sagement tenue en réserve. L’attaque secondaire avec les troupes de la division provisoire de Steedman (dont les troupes de couleur)* devait distraire l’attention confédérée de Wood et Smith en attaquant la droite de Hood. Et distrait, ils le furent. Les troupes de choc de Cheetham, anciennement sous Cleburne qui était mort à Franklin, se battirent si férocement contre les troupes de couleur que tout signe de ce qui pouvait se passer sur l’autre flanc fut perdu ou Thomas attaquait avec tout ce qu’il avait sous la main. Ce soir là, Hood recula sa ligne de 3 km et la raccourcit, portant Cheatham dans la soirée sur sa gauche afin de contrer l’assaut principal qui désormais serait dirigé de ce coté.
Le matin suivant, le groupe de cavalerie de Wilson, réorganisé, consistant en 9000 hommes (sur les 12 000 effectifs, 3 000 n’avaient pu être remontés) chevaucha autour du flanc gauche de Hood. Ils étaient équipés avec les carabines à répétition Spencer (version courte du fusil Spencer de Wilder), avec une puissance de feu équivalent à un corps d’armée d’infanterie. Une fois derrière Hood, ils démontèrent et prirent position sur une des deux routes de retraite de Hood. Pendant ce temps, l’attaque avait été déclenchée sur la ligne entière de Hood. Steedman continuait sur la gauche, et Wood et Smith sur la droite. En dépit d’ordres répétés d’attaquer, Schofield sur la droite de Thomas hésitait, et quelques une de ses unités attaquèrent sans ordre pendant que Wilson frappait de derrière.** L’effet produit fut la désintégration de la ligne de Hood qui retraita en désordre le long de l’autre route vers Franklin et au delà. La déroute aurait peut être été totale si Schofield avait attaqué vigoureusement quand l’ordre lui en fut donné. Sur environ 52.000 hommes engagés, les Fédéraux eurent 3000 pertes. Sur environ 30.000 Confédérés, il y eut environ 6000 pertes dont des milliers d’hommes capturés ou déserteurs.

La cavalerie de Wilson poursuivit les restes de l’armée de Hood pendant le restant du mois de décembre en dépit de conditions météo épouvantables. Il fut également tempéré par le manque de fourrage pour ses. Steedman poursuivit par rail et la cavalerie continua après aussi loin que le Mississippi. Ce fut la plus longue poursuite après une bataille de la guerre civile, durant un mois et couvrant plus de 300 km. Hood la termina avec environ 13.000 hommes dont 5000 rejoignirent Johnston en Caroline du Nord . Ce fut la seule fois de la guerre civile ou une armée fut pratiquement détruite sur un champ de bataille.
Le 30 décembre Thomas fut nommé major général de l’armée régulière (avec un délai suffisamment long pour que sa prise d’effet arrive après celle des favoris de Grant), en reconnaissance de ses services à Chickamauga. Il était un peu tard et même Thomas ne put manquer de le remarquer. Après cela, Grant et Sherman, aidé par Schofield, prirent position sur le fait que Thomas avait été trop lent à attaquer et pas assez vigoureux dans la poursuite. A partir de là, Grant conclu que Thomas avait trop d’inertie pour monter une offensive, disant: "Thomas est trop lent pour attaquer et trop brave pour s’enfuir". Maudites soient les fausses louanges, comme le répétait Shakespeare. Le problème est que Grant venait juste de débuter la destruction de la réputation de Thomas , mais ceci est l’histoire d’une autre bataille. 



12.  Le raid de Wilson vers Selma 22 mars – 22 avril 1865

James H.Wilson (1837-1925) fut diplomé comme ingénieur militaire à West Point en 1860. Il fut l’un des "gars merveilleux" de la guerre, atteignant le rang de major général à la fin du conflit. Il passa la plus grande partie de la guerre dans l’état major de Grant. Sans expérience préalable de la cavalerie, il fut sélectionné le 17 février 1864 pour conduire le tout nouveau bureau de la cavalerie à Washington. Il arma la cavalerie avec la carabine Spencer (une version plus courte du fusil Spencer que Wilder utilisa si efficacement à Tullahoma et Chickamauga). Puis il dirigea divers engagements de cavalerie en Virginie et au Tennessee ou il apprit le travail si bien qu’il devint plus tard une contrepartie valide de Forrest. Son rôle dans la bataille de Nashville fut essentiel dans le plan de Thomas pour éliminer l’armée du Tennessee de Hood de toute participation future dans la guerre civile.

Après la bataille de Nashville, il demeura sous le commandement de Thomas et conduisit un vaste raid dans l’intérieur du sud vers Selma Alabama (22 mars – 22 avril 1865). Au cours de ce raid il captura cinq villes fortifiées, 288 canons et 6820 prisonniers, et conduisit même des charges personnellement. C’était la première fois que quelqu’un surclassait en marche et en manœuvre Forrest dont l’armée, il faut le dire, n’était plus ce qu’elle avait été. Dans tous les cas, tôt ou tard, l’Union devait avoir trouver un ingénieur athlétique de West Point qui pourrait conduire de larges masses troupes, se subordonner lui-même à un officier supérieur, et monter à cheval. Les excès barbares qui prirent place sous l’indifférence bienveillante de Sherman au cours de sa promenade vers la mer et Goldsboro NC, furent largement évités sous le commandement de Thomas et Wilson. Comme partie de cette même opération, Thomas envoya aussi Stoneman dans un raid de cavalerie à travers l’est du Tennessee, la Virginie de l’ouest et la Caroline du Nord afin de prévenir une possible retraite de l’armée de Lee par les montagnes à l’ouest et le sud-ouest de Petersburg, Va. Après la reddition de Lee et J. Johnston, Stoneman aida à couper Jefferson Davis dans sa tentative de passer outre le Mississippi, le déviant vers la côte et Wilson.

 Avec l’aide du service secret de Thomas, Wilson traqua et captura Jefferson Davis à Irwinsville, Georgie le 10 mai 1865. Lincoln avait une sorte d’espoir que Davis parte bien loin, mais avec seulement deux ans d’emprisonnement, dans parfois des circonstances indignes, Davis ne s’en tirait pas trop mal.

Avec la cessation de toute résistance organisée et la capture de Davis, les troupes de Thomas sous Wilson et Stoneman contrôlaient de larges portions de l’ex- Confédération. Thomas se retrouva de fait le commandant effectif de la plupart du Sud, et il commença immédiatement le travail de reconstruction. Plus tard son commandement fut officialisé par le Président Johnson qui nomma Thomas gouverneur militaire des états du Mississippi, Alabama, Georgie, Kentucky et Tennessee avec quartier général à Nashville. Pendant la reconstruction, Thomas se montra aussi justement brillant qu’il l’avait été au cours de la "rebellion" comme il n’avait jamais cessé de l’appeler.